par Michel Teillard d’Eyry (ANF
n° 4211)
« Teilhard de Chardin ,un homme parfaitement accordé
aux idées et aux préoccupations de son temps »
(Cardinal Henri Sonier de Lubac ,1896-1991)
« Le futur nous porte à
la mesure de notre foi » (Pierre
Teilhard de Chardin, correspondance)
Pierre ,Marie, Joseph Teilhard de Chardin,4° d’une fratrie de 11 enfants
,est né le 1er mai 1881,à 7h du matin ,au château
de Sarcenat, sur la commune d’Orcines qui surplombe Clermont-Ferrand, dans
le Puy-de-Dôme.
Sa mère ,Berthe, Adèle
de Dompierre d’Hornoy (1853 –1936), appartenait à une ancienne famille
de Picardie qui a fourni plusieurs hommes célèbres au XIX°
siècle, dont un amiral, un préfet etc.
Du côté paternel, les Teilhard, nom originel, ou Teillard pour
différencier certaines branches, il se rattachait à une maison
extrêmement prolifique issue de la Haute-Auvergne (le Cantal aujourd’hui)
qui est suivie depuis 1369. Au cours des siècles elle a produit pas
moins d’une vingtaine de branches distinctes dont plusieurs furent anoblies.
La plupart de ces branches sont aujourd’hui malheureusement éteintes
mais du tronc commun ancien subsistent aujourd’hui les Teilhard de Latérisse
fixés en Argentine depuis 1875. Et, en France, se maintiennent les
Teillard d’Eyry, Teilhard de Chardin, Teillard de
Rancilhac de Chazelles, toutes les trois appartenant à l’ANF. Elles
entretiennent entre elles des rapports étroits et d’affection.
De son
père, Emmanuel Teilhard de Chardin (1844-1932), archiviste paléographe,
homme de grande érudition qui accomplit de nombreuses études
historiques sur l’Auvergne, le jeune Pierre a tenu sans nul doute un goût
certain pour la réflexion et la connaissance précises des aspects
naturels qui l’entouraient. A cet égard, l’Auvergne immémoriale,
vieux massif volcanique primaire, constituait un décor idéal
pour l’enfant curieux de tout qu’il était.
De sa mère, femme d’une grande
piété, qui se rendait chaque jour à la messe au village
proche d’Orcines, il retira assurément le besoin
presque mystique de la prière et la dévotion au cœur de Jésus.
Ils allaient décider de sa
vocation, favorisée à la fois par son appartenance à
une famille toujours ardemment catholique (elle fut agitée naguère
par les querelles autour du jansénisme
et des liens existaient avec Blaise Pascal, un autre Auvergnat célèbre)
et cette observation passionnée de la
nature qui l’entourait qui le rapprocha très tôt de Dieu, le
Père créateur des êtres et de toute chose.
En mars 1899, à l’âge
de 18 ans, il entre dans la Compagnie de Jésus, au noviciat d’Aix-en-Provence.
Cette époque voit l’apparition d’un anti-cléricalisme débridé
(ministère Emile Combes), et la loi du 1er juillet 1901
soumet les congrégations au contrôle de l’Etat en prescrivant
la liquidation de tous leurs biens. Plutôt que de se soumettre à
cet Etat laïc et oppressif, les Jésuites préfèrent
se disperser et ouvrir des maisons à l’étranger, et notamment
en Angleterre et dans les îles anglo-normandes.
C’est ainsi que le jeune novice,
qui dépend de la province de Lyon, poursuit ses longues études
à Hastings et à Jersey. Il sera ordonné prêtre
le 24 août 1911,à l’âge de 30 ans, et entre définitivement
dans la Compagnie de Jésus en 1912. Non contents d’être l’aile
marchante de l’Eglise, les Jésuites, dont
la règle est rythmée par les Exercices
spirituels de Saint Ignace de Loyola, sont des hommes insérés
dans la vie active et intellectuelle :chercheurs, médecins, philosophes
, auxquels il n’est pas demandé de renoncer à leur science
ou à leur art.
Pierre Teilhard de Chardin va s’y employer sans compter, mais il mettra
toute sa vie cette ardeur au service de Dieu, en dépit de l’incompréhension
qu’il rencontrera auprès des milieux traditionnels
de l’Eglise.
De 1912 à 1914, Teilhard étudie
la paléontologie au Muséum d’Histoire naturelle de Paris, sous
la direction de Marcellin Boulle (un spécialiste des Néandertaliens),
ainsi que la géologie à l’Institut Catholique.
C’est le 26 mai 1918, après
la Grande guerre qui a fortement trempé son humanité et sa consécration
religieuse et sacerdotale, qu’il prononcera ses vœux solennels dans la Compagnie
de Jésus.
La guerre de 1914-1918
Tout
prêtre qu’il est, il est hors de question que Pierre Teilhard de Chardin
n’accomplisse pas son devoir pendant le conflit qui s’ouvre le 2 août
1914. Ne pouvant combattre en raison de son état
de prêtre, il sera enrôlé pendant quatre longues années
comme brancardier de 2° classe car, malgré son milieu familial,
il ne veut prétendre à aucun grade. Il veut faire son devoir,
tout son devoir, et dans les conditions les plus difficiles et, souvent les
plus dangereuses. Il sera ainsi de tous les fronts les plus sanglants et meurtriers : Verdun, Chemin des Dames, Champagne, Flandres etc.
D’abord
affecté au 8° régiment de tirailleurs marocains, il est ensuite versé au 4° régiment
mixte de tirailleurs et de zouaves (4° mixte TZ), troupe d’élite
qui figurera tout au long de la guerre parmi les plus exposées.
S’il
ne se bat pas, Teilhard participe pleinement aux actions de ses camarades
en allant chercher, au péril de sa propre vie, les blessés
et les morts, extrayant de la boue les corps ensanglantés et les traînant
dans les lignes arrière. Souvent il leur donne les premiers soins
ou, quand il est trop tard , les derniers sacrements.
Dans
les tranchées, ses compagnons sont sénégalais, antillais,
somaliens, annamites, tunisiens ou marocains et , lui, le prêtre catholique, reçoit de plein fouet les différences
de croyances , de langues
et de l’abîme qui sépare
les mentalités. Et, chez ses propres compatriotes, il découvre trop souvent l’anticléricalisme
primaire, l’étroitesse de vue et l’égoïsme petit-bourgeois.
Le spectacle
constant de la mort qu’il côtoie de si près le fait réfléchir
et l’émeut (il écrira sur les différents fronts qu’il
a traversés quelques uns de ses plus beaux textes). Mais ,en même
temps, il n’est pas homme à s’enfermer dans sa tour d’ivoire et, du
mélange inouï des hommes qu’opère la guerre il va extraire
le suc de sa vision du monde.
Son
courage quotidien, l’exposition permanente de sa vie au plus fort des combats,
lui vaudront trois citations à l’ordre de l’armée et la médaille
militaire. Leur intitulé souligne son « mépris total du danger»,
« la plus grande abnégation »,
« modèle de bravoure,
d’abnégation et de sang-froid » , « s’est acquis par l’élévation de son
caractère ,la confiance et le respect » . etc. A la demande de son ancien régiment, il est
fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1921 avec cette citation
qu’il convient de citer en entier : «Brancardier d’élite qui, pendant quatre
ans de campagne , a pris part à toutes les batailles , à tous les
combats où le régiment fut engagé , demandant à
rester dans le rang pour être plus près des hommes dont il n’
a cessé de partager les fatigues et les dangers » .L’admirable
c’est qu’en dépit de ces dangers permanents et de l’état quasi-
minéral qu’incarne cette guerre pour la plupart de ceux qui la subissent,
Teilhard , tant sur les différents fronts qu’au cours de ses permissions
, continue à avoir une intense activité intellectuelle :
Outre les 400 pages de son « Journal », il entretiendra une volumineuse correspondance (notamment avec sa cousine Marguerite Teillard-Chambon
, première femme agrégée de France ,
(qui signe ses ouvrages sous le nom de plume de Claude Aragonnès) et écrira alors pas moins de vingt essais.
Ses voyages en
Chine et dans le reste du monde
Teilhard
est démobilisé en mars 1919. Une
fois revenu à la vie civile, il reprend
ses études scientifiques et obtient son doctorat en géologie
avec la mention « très honorable ». Il a alors
38 ans.
En 1923,
le muséum d’Histoire naturelle avec lequel
il est en contact depuis dix ans, l’envoie en
Chine dans le cadre d’une « Mission
Paléontologique Française »
où il va œuvrer avec les Jésuites établis de
longue date dans ce pays. Ce sera le début d’incessantes campagnes
de fouilles dans cet immense pays qu’il sillonnera jusque
dans les régions les plus éloignées pendant de très
nombreuses années.
En juillet 1923, avec un autre compagnon Jésuite,
il met à jour dans les Ordos, vaste
plateau de Mongolie occidentale qu’ils parcourent dans tous les sens, un foyer d’hommes fossiles de l’époque paléolithique.
C’est la première découverte de ce genre en Chine.
A compter
de 1926, pour les raisons qu’on verra plus loin , Teilhard va vivre
de façon quasi-constante en Chine, subissant dans ce pays, qui le
subjugue par ailleurs, son premier exil lointain hors de France.
En 1929,
c’est la découverte capitale par le jeune Chinois Wang-Choung-Pei
qui travaille avec eux sur le site de Chou-Kouou-Tien,
à une cinquantaine de kilomètres de Pékin, du
crâne du fameux Sinanthope qui
vivait il y a quelques 500.000 ans. Il est le chaînon essentiel reliant
l’Homme et les préhominiens avec les premières traces de l’homme
paléolithique en Chine. Le fossile établissait une transition
capitale entre le Pithécanthope et l’homme de Néandertal. Il apportait la
preuve de l’origine animale de l’homme, déjà pressentie avec
la découverte en 1891, puis en 1937-1941, du Pithécanthope de Java, et
il étendait de façon qui n’était plus contestable la
théorie de l’évolution de l’humanité.
Dans
cette découverte fondamentale, Teilhard est intervenu de façon
décisive car c’est lui qui mena l’étude d’identification et
l’analyse stratigraphique (analyse, tant paléontologique qu’archéologique
, des différents terrains des fouilles dans la succession des époques). Dans les fragments épars autour du fossile
il trouve une pierre taillée, preuve sans conteste que le Sinanthope était déjà
un homo faber.
Ainsi
cette découverte déterminante apportait la preuve que l’évolution
(qui s’oppose au fixisme
ou au monogénisme supposant
la création en une étape) n’était pas seulement une
loi de la nature en tous lieux vérifiée mais s’appliquait également
à l’humanité ! Pour Teilhard l’évolution, qui mobilise
désormais toute sa réflexion, se
manifeste par une complexité croissante du cerveau qui entraîne
elle-même une complexité également croissante des relations
entre les hommes tendus vers un but unique : l’Homme, par tâtonnements
successifs (que Teilhard nommera des « pas »)
, prend place dans la Nature et en représente la flèche montante
vers le centre divin qui ne peut être que Dieu.
La Croisière
Jaune :
Sa connaissance
déjà profonde de la Chine, son aura de scientifique expérimenté,
vont l’amener à se voir proposer de participer au printemps 1931 à
la Croisière Jaune, spectaculaire expédition montée
par la firme Citroën pour tester la résistance sur des terrains
difficiles de ses nouvelles autochenilles.
Le périple
prévoit deux parcours : l’un au départ de la France
sous la direction de Georges-Marie Haardt (qui
mourra d’épuisement à Hong-Kong en 1932)
et traverserait le Proche-Orient, l’Iran , l’Inde occidentale, en direction
du Pamir, vaste plateau d’où s’élèvent les plus hauts
sommets du monde culminant à plus de 7000 mètre d’altitude,
où il serait rejoint par le 2° tronçon. Teilhard est de
celui-là qui, sous la conduite du Lieutenant de vaisseau Victor Point,
doit quitter Pékin, traverser les steppes et déserts de l’Asie
centrale , entrer au Sinkiang (région autonome au nord-ouest de la
Chine, alors interdite aux étrangers) et
parvenir à Kashgar. Soit 1.200 kms. , très accidentés
et périlleux, qui seront parcourus à la vitesse moyenne de
80 kms./jour !
Outre
les difficultés mécaniques et l’absence le plus souvent de
vraies routes , l’expédition, dans ses deux branches, va se heurter
à d’innombrables obstacles politiques car ces régions sont
infestées de soldats-bandits qui monnayent très cher leur « protection ».
Teilhard , qui connaît les Chinois et a le plus souvent leur confiance, joue les rôles de conciliateur et parviendra, presque toujours, à
obtenir les sauf-conduits indispensables à la poursuite de cette marche
épuisante (pour les mécaniques
et les nerfs…).
Il reviendra
souvent en Chine, notamment de 1939 à 1946, où il sera à Pékin pendant toutes
les années de guerre.. Là bas, c’est
l’occupation oppressante des troupes japonaises et son cortège de
destructions et de souffrances dans toutes les sphères de la population.
De son côté, il se ronge d’être
coupé de la France et de ses attaches familiales. Il profite néanmoins
de cet éloignement forcé pour se consacrer aux grandes œuvres
scientifiques et religieuses qu’il mûrit en lui-même depuis longtemps.
S’agissant
de la Chine elle-même, pays envers lequel
il éprouva curieusement peu de sensibilité artistique ou même
historique, il a
écrit cependant « J’ai pour
la Chine, devenue mon pays adoptif une grande reconnaissance . La Chine a été la chance de ma vie. Par son immensité, par l’énormité
de ses dimensions, elle a contribué à élargir ma pensée,
à l’élever jusqu’à l’échelle planétaire » .
L’Inde :
En 1935, invité par un ami géologue germano-américain
, Helmut de Terra, rencontré à Washington dans un congrès
international et avec lequel il nouera des liens d’amitié, il se rend
dans ce pays qui apparaît aussi comme un vaste territoire de recherches
anthropologiques. Il pénètre dans le Cachemire et la vallée
de Salt Range..
Le projet intéresse beaucoup Teilhard
car si on y trouvait ce qu’il suppose, cela permettrait de rattacher la géologie
indienne à la géologie chinoise et de tracer une ligne allant
du Sinkiang à la vallée de la Narbada en Inde centrale. Il
se rend aussi dans le Penjab, à Rawalpindi, jetant les jalons d’une véritable préhistoire
de l’Inde. Il accède aux fouilles de Mohendjo-Daro,
l’un des centres de la civilisation de l’Inde dont les premiers vestiges
remontent à près de trois millénaires avant la naissance
du Christ.
La Birmanie :
En quittant Calcutta pour rentrer
en Chine, Teilhard s’arrête en Birmanie , au bord de l’Irrawady . Il
se rend également à Java où a été trouvé
le Pithécanthope (voir
supra) , découverte capitale pour la préhistoire. En 1938,il
approfondit ses fouilles le long des vertes terrasses qui longent l’Irrawady, au sud de Mandalay, qui fourmillent de restes paléolithiques.
Il recueille dans cette vallée près d’un millier de pièces
paléolithiques majeures qui vont lui permettre d’établir un
lien paléontologique entre la Birmanie, le plateau Shan, le Yunnan
et la Chine du sud.
Afrique :
En 1926,il
a fait la connaissance à bord d’un navire en partance pour la mer
rouge d’Henri de Monfreid avec qui il entretiendra toute sa vie des liens
d’estime et de d’amitié. Tous les deux partagent une même curiosité
du monde, une même passion de la vie et, sans
aucun doute, un même anticonformisme .Monfreid.
invitera Teilhard à venir le voir en Abyssinie en 1928-1929 pour compléter
ses fouilles.
En 1951, après la 2° guerre
mondiale, il se rend au Transvaal près
de Capetown où des découvertes faites dans les années
1930 laissent pressentir que ce pays pourrait
être le berceau de l’Homo Sapiens.
Teilhard a l’intuition que l’Afrique a été la zone
d’émergence des préhominiens et, plus
tard, la découverte du squelette Lucy en 1974 en Tanzanie, vieux de
trois millions d’années confirmera ces intuitions.
Indonésie :
En avril 1938, il se rend à
Java où a été découvert en 1891 la calotte crânienne
du Pithécanthope (voir supra). Dans la même
zone géographique, d’autres restes du Pithécanthope sont mis à
jour ainsi que près de 3.000 ossements fossiles de vertébrés
mêlés à des outils et instruments paléolithiques.
Etats-Unis :
Teilhard connaît de longue
date les milieux scientifiques américains et plusieurs universités
réputées de ce pays quand il entreprend en 1948, lors de son
2° exil lointain, une campagne de fouilles
dans les Rocheuses, dans le Montana et en Californie.
Il y rencontrera, tant il est déjà
célèbre dans la communauté scientifique internationale,
des directeurs de programme et de musées. .A Berkeley, Californie, se trouve ainsi le plus grand centre de stratigraphie
(voir ce mot supra) paléontologique du monde.
Portrait au physique
et au moral de Pierre Teilhard de Chardin :
Toutes les descriptions de lui qui
seront faites s’accordent :Teilhard est un bel homme grand et élancé
, à l’aspect aristocratique évident (les
femmes n’y seront pas insensibles) qui impressionne
tous ceux avec qui il sera en contact.
Dans ses fouilles et recherches de
par le monde, il déploiera un zèle infatigable parcourant des
milliers de kilomètres à pied sans paraître manifester
de lassitude. Son ami, H. de Terra , s ‘émerveillait de son endurance
car à près de 60 ans, dans des conditions physiquement éprouvantes,
il pouvait marcher 7 à 8 h/jour .
Henri
de Monfreid déjà cité, tracera dans un de ses romans ,
« Charas »
, ce portrait de lui :
« Longue figure énergique
et fine où les traits accentués de rides précoces semblaient
taillés dans le bois dur. L’œil pétillant et vif avait quelque chose de rieur sans être ironique…Sa
parole était prenante ,elle allait jusqu’à l’âme, avec
cette puissance persuasive de celle des apôtres… ».
Au plan moral, un de ses amis, le géologue
germano-américain Helmut de Terra, déjà
cité, écrivait de lui en 1937 que
l’ardeur de Teilhard et son intensité spirituelle étaient si
contagieuses qu’aucun obstacle ne tenait face à un projet élaboré avec lui et évoque l’impossibilité « d’échapper à l’influence durable
qui rayonnait de sa personnalité ».
A Pékin, pendant l’occupation
japonaise, Madame Arsène Henry, femme de l’ambassadeur de France au
Japon dira de lui « Qui n’a
pas vu Teilhard dire sa messe n’a rien vu. .Et tous ceux qui l’approchaient
pendant cette période troublée se disaient impressionnés
par sa hauteur de vue et son calme de tous les instants ».
Non content d’être un chercheur
infatigable et un scientifique reconnu dans le monde entier par ses pairs,
Teilhard fut un homme d’Eglise dont la réflexion puissante et inédite
ne cessera, comme le voulait St .Ignace de Loyola dans
ses « Exercices spirituels », de « trouver
Dieu en
toutes choses »..
Profondément croyant ,il était
avide de montrer la cohérence qui existait en lui entre les perspectives scientifiques ouvertes par ses spécialités-la
géologie et la paléontologie-et les horizons spirituels qu’il
devait à sa foi de chrétien et de prêtre.
Il serait fort présomptueux de vouloir résumer la pensée,
complexe, de Pierre Teilhard de Chardin .Mais on peut en avoir un aperçu
dans la lecture d’une de ses œuvres majeures, « Le milieu
divin » qu’il commence à écrire
à partir de 1927 (il a 46 ans et sa notoriété
au plan scientifique commence à se répandre).
Dans cette œuvre, il nous invite
à partager sa vision d’un monde dans lequel « la Présence
de Dieu peut être vérifiée dans la moindre parcelle de
l’Univers ,dans la plus petite de nos actions comme dans nos passivités
les plus élémentaires Aimez votre
action et votre présence dans le monde comme une participation au
Milieu Divin »
Constante dans son œuvre est la référence
à Saint Paul qui considérait déjà « Dieu
aussi répandu et tangible qu’une atmosphère où nous
serions baignés » et le Christ
« aussi vaste que le monde de tous les temps ».
Dans le « Milieu
Divin » apparaît l’une des idées-force de sa
pensée : la perception de la pâte humaine en évolution
,travaillée par un puissant ferment de convergence et d’unification
dû à l’amour .Il écrit « En
vertu d’une merveilleuse puissance montante incluse dans les choses…chaque
réalité atteinte et dépassée nous fait accéder
à la poursuite d’un idéal de qualité spirituelle plus
haute ». Au delà, il n’y a qu’un seul centre et ce centre
est le Christ Universel, ne faisant qu’un avec le point Oméga ,ultime
but de la convergence au terme de l’évolution (voir infra)
L’évolution :Comme on l’a vu supra à
propos de la découverte du Sinanthrope à Chou-Kou-Tien , il
réfléchit intensément à cette théorie en tant que savant en fonction des données
scientifiques de son temps .Elle le conduit à la
vision d’une « Cosmogénèse » dont le sens profond est pour lui une « montée »
en complexité et de conscience qui donne à l’évolution
sa dynamique et son sens.
A la
différence de tous les autres êtres vivants, l’Homme « sait
qu’il sait ». Dés lors cet homme lui apparaît non
seulement comme le bénéficiaire de l’Evolution pour le passé
(à travers les « Pas de la réflexion » dont on a parlé et qu’il franchit avec
succès chaque fois qu’il a à résoudre les problèmes
que pose la vie sur la terre), mais aussi comme la « flèche » désormais consciente et responsable de ladite
Evolution .Ces notions et ces termes sont dominants chez Teilhard et soutiennent
toute sa pensée sur la dynamique de l’humanité face à
son Créateur.
Le Point Omega :
:Teilhard
reviendra souvent sur ce but convergent de l’humanité qu’est le Point
Oméga en qui on résume souvent, et de façon quelque
peu simpliste, sa pensée. Mais, en réalité, cette notion
est autrement plus riche et complexe qu’il n’y paraît .Dans « Mon
Univers » écrit en 1924 ,il écrit « Ne
nous scandalisons plus sottement des attentes interminables que nous a imposées
le Messie ». De nombreux préparatifs ,ajoute- t-il, « étaient cosmiquement, biologiquement
, nécessaires pour que le Christ prit pied sur la scène humaine».
Avec cette venue du Christ enraciné
en notre terre d’une façon bouleversante, l’humanité ne peut
plus être tirée vers l’arrière. L’ « alpha »
des origines fait corps avec la totalité du monde et de l’histoire
.Dés lors ,l’ alpha est tourné vers l’oméga :
le commencement annonce la fin., mais la fin ne peut elle-même s’expliquer
que par le commencement. Mais ,pour Teilhard , le parcours de l’humanité
est loin d’être achevé, même si l’entrée dans la
« noosphère
» (terme qui lui était cher, caractérisant
l’humanité toute entière-« unanime »
écrit-il- ,devenue réellement soucieuse de son accomplissement)
accélère le mouvement d’une évolution dont l’homme est
« la flèche ». A la fin des fins ,cette marche
de l’humanité s’achèvera dans le point Oméga , figure de l’humanité finalement rassemblée
avec , pour centre ,le Christ qui la reçoit en sa totalité.
A noter ici, qu’en aucun cas, la «noosphère » de Teilhard
ne doit être identifiée, comme on a pu l’écrire ça
et là ,avec une « cyber- société »
ou un « cyber- espace », qui la réduirait au
seul maillage technologique du monde que rend possible Internet .La facilité
de communication entre les hommes que permet cette technique est certes admirable
mais ne saurait être confondue avec cette notion d’ « unanimisme
spirituel » décrite par Teilhard.
Pour enfoncer le clou, si l’on peut
dire, Teilhard va résumer dans un livre écrit en septembre 1934 « Comment je crois » sa pensée profonde. Celle-ci se présente
comme une véritable profession de foi dont les étapes s’ordonnent
dans une sorte de dialectique centrée sur la personne du Christ :
« Je crois que l’Univers est une Evolution
Je crois que l’Evolution va vers l’Esprit
Je
crois que l’Esprit s’achève en Personnel
Je crois que le Personnel suprême est le Christ Universel »
Autre œuvre capitale de Teilhard
pour s’imprégner de sa pensée : « Le Phénomène
humain »,commencé en 1938 et achevé en 1942, fruit
de vint-cinq années de recherches paléontologiques .S’appuyant
sur cet acquis d’observations recueillies partout dans le monde (voir supra),Teilhard
nous offre dans ce livre une vision homogène et cohérente de
l’homme dans l’évolution du monde.
Dans cette évolution ,dit-il,
l’Homme, mystère pour la science, « est entré sans bruit,…Il a marché si doucement que lorsque
par les instruments de pierre indélébiles qui multiplient sa
présence, nous commençons à l’apercevoir déjà
du Cap de Bonne Espérance à Pékin,,il couvre l’Ancien
Monde .Déjà ,certainement, il parle et vit en groupes
..Déjà il fait
du feu… ». Dans cette œuvre majeure, Teilhard nous
conte alors l’épopée de l’humanité, comment l’homme s’est formé, comment sa présence
s’est propagée par une complexité croissante ,débouchant,
chaque fois, sur un « saut » qualitatif : « pas »
de la réflexion (cf .supra),naissance de la pensée, « pas » de la socialisation, conquête des terres ,acquisition
des techniques etc.
Ce schéma , très incomplet
de la pensée véritablement foisonnante de Teilhard (13 volumes
lui ont été consacrés aux Editions du Seuil de 1955
à 1976,indépendamment de l’œuvre scientifiques contenue en
11 volumes…) ne serait pas satisfaisant si on n’évoquait pas encore
cette admirable « Messe sur le Monde » qu’il a donnée à l’humanité
toute entière dans sa quête d’espoir et d’un accomplissement
en Dieu (elle est aujourd’hui accompagnée d’une musique qui la met
encore davantage en phase avec ces aspirations).
La « Messe sur le Monde » fut
composée par lui en 1923-1924 dans le désert des Ordos, alors
que ses yeux contemplaient les grandioses paysages de la Mongolie .Messe
sans pain, ni vin magnifique méditation spirituelle où s’expriment
sa foi dans le Christ et dans le monde voulu par Lui
:
« Puisqu’une fois
encore, Seigneur ,non plus dans les forêts de l’Aisne mais dans les
steppes d’Asie je n’ai ni pain ,ni vin ,ni autel ,je m’élèverai par dessus les symboles jusqu’à « la pure majesté du Réel »
et vous offrirai, moi votre prêtre, sur l’autel de la Terre entière
,le travail et le pain du monde. Recevez, Seigneur, cette hostie totale que
la création ,mue par votre attrait, vous présente à
l’aube nouvelle. Le pain, notre effort ,il n’est de lui-même, je le
sais ,qu’une désagrégation immense. Le vin ,notre douleur ,il
n’est encore ,hélas, qu’un dissolvant breuvage ,mais au fond de cette masse informe,,vous
avez mis un irrésistible et sanctifiant désir ,qui nous fait
tous crier ,depuis l’impie jusqu’au fidèle : «
Seigneur, faites nous un ! «
On reconnaît là ,avec
ce texte écrit d’un seul élan ,une vision cosmique analogue
à celle qu’au Moyen Age, les sculpteurs des émouvantes églises
romanes que nous admirons exprimaient déjà sur les tympans
de pierre surmontant les seuils .On y voit le Christ Pancreator, en gloire,
occupant le centre et rayonnant sur les astres
,les ondes, les feuillages ,sur les Saints et tous les peuples.
Pourtant ,en dépit de tous
ces textes de grâce rendue au Seigneur et à la reconnaissance
de la main de Dieu dans toute l’humanité et dans la matière
,le langage et les concepts nouveaux utilisés par Teilhard inquiètent
l’Eglise Peut-être, justement en raison de leur
nouveauté. L’Eglise de ce temps, particulièrement la
Curie romaine ,ne semble vraiment pas prête à les recevoir.
Elle le fait savoir sans ambages
à son Ordre ,la Compagnie de Jésus, dont le Général
réside à Rome. Teilhard est prié ,et même fermement,
de se cantonner à ses travaux scientifiques et de s’abstenir de toute
publication ou intervention publique dans les domaines religieux ou philosophiques.
Certains de ses écrits, notamment sur
le péché originel (je n’exposerai
pas ici ce litige car il est fort complexe) ,sont mal compris et divergent
par trop de la doctrine officielle de l’Eglise.
Sur un autre plan ,la théorie
de l’évolution, en même temps qu’elle s’impose aux savants du
monde entier par son adéquation aux réalités des découvertes
faites in situ ,reste incompatible avec certains dogmes et idées défendus
par l’Eglise.
Dans un texte écrit en juillet
1920, « Chute, rédemption et Géocentrie » ,il dit « Un seul homme et une femme ,à
l’origine de l’humanité, et en un seul lieu ,cela ne coïncide
pas avec la découverte simultanée en plusieurs endroits du
philum humain . Ce que l’on appelle le « monogénisme »
(création de l’humanité à partir d’un seul couple, tel
Adam et Eve) ne tient plus face aux découvertes de la science ».
Les pressions sur lui ,tant de la
Curie romaine que de la part de son Ordre ,s’accentuent et il connaît
de réels moments d’anxiété et même d’angoisse
.Il doit s’exiler de France et même d’Europe pendant de longues années
ainsi qu’on l’a vu plus haut et ce sera encore le cas après la 2°
guerre mondiale jusqu’à son décès en 1955. Ses supérieurs
le contraignent également à se retirer de l’Institut Catholique
où il enseigne.
Ces difficultés quasi-constantes avec l’Eglise, la suspicion dans
lequel il est tenu en permanence, l’impossibilité pour lui d’exprimer
ses idées de façon ouverte , le rongeront intérieurement
et lui feront vivre parfois des périodes de crise au regard de sa
vocation qui le laisseront exsangue.
Mais ,c’est à souligner fermement,
s’il connut des doutes ,il en triomphera toujours et ne remettra jamais en
question son appartenance à l’Eglise, pleinement conscient que sa
fidélité qu’il ne trahira jamais était le plus sûr
garant de la force de ses idées.
En 1948,en dépit d’une ultime
rencontre avec des représentants de la Curie romaine qui n’a servi à rien, sinon à le démoraliser
intérieurement encore davantage, il résume sa fidélité
à l’Eglise dans ce texte « Je suis trop convaincu ,et de plus
en plus ,que le Monde ne peut pas s’achever sans le Christ et qu’il n’y a
de Christ que dans la fidélité intérieure à l’Eglise…J’espère
seulement que le Seigneur m’aidera à trouver fidèlement sa route
dans une situation psychologiquement difficile… ».
Il y a lieu de noter également
que ,malgré ces difficultés qu’il vécut péniblement
mais avec résignation ,et quoique ses écrits aient été
frappés de son vivant d’interdiction de publication (mais certains,
diffusés par quelques uns de ses amis n’acceptant pas cet ostracisme
, circulaient sous le manteau ,notamment dans la communauté scientifique),
le Père Pierre Teilhard de Chardin, à aucun moment, ne fut
frappé d’une condamnation de la part de l’Eglise.
Aujourd’hui ,l’Eglise ayant elle-même
ouvert à son tour les yeux sur les réalités du monde
et les avancées de la science ,beaucoup des idées de Teilhard
de Chardin et de larges pans de sa pensée ont été réhabilités
au plus haut niveau. Si cela confirme plus que jamais la justesse de l’adage
voulant que nul n’est prophète en son pays ,ce revirement, tout tardif
qu’il ait été ,est assurément
le bienvenu. Quoiqu’on ait pu dire ou écrire à son propos,
(il a eu nécessairement de nombreux détracteurs) , il n’est
pas niable en effet aujourd’hui que la pensée de Teilhard, même avancée
pour son époque, s’inscrit pleinement, en continuité de Saint
Paul, dans une complète fidélité à l’enseignement
du Christ.
A partir de l’échec en 1948
de sa rencontre avec la Curie romaine ,il va se rendre fréquemment
aux Etats-Unis. Délaissant la géologie et les fossiles ,il
va se consacrer à démontrer la « Superhominisation» qu’il voit à l’œuvre dans le monde ,tant biologiquement
que socialement et intellectuellement. Convaincu de ce qu’il soutient, et
sachant faire partager sa conviction à son entourage, il affirme que
l’organisation matérielle du monde, sa conscience intégrante
l’entraînent vers une maturation spirituelle .Il croit que la
complexification du monde et son union, y compris la conjonction des techniques,
conduiront l’humanité au franchissement d’un « pas »
nouveau de l’évolution (voir supra),lequel ne pourra être que
spirituel En effet, et les recherches de toute sa vie l’en ont persuadé
tout acquis en matière d’évolution est irréversible.
En France, malgré les difficultés
rencontrées avec l’Eglise, ses travaux scientifiques lui valent une
reconnaissance officielle : en 1947,il est nommé Directeur de
recherches au CNRS organisme auquel il appartiendra jusqu’à la fin
de sa vie En mai 1950,il est élu membre de l’Académie des Sciences,
section Minéralogie .La même année ,il est nommé
au grade d’Officier de la Légion d’Honneur..
En 1951,après un long voyage en Afrique du sud (voir supra),il repart
pour New-York qu’il ne quittera pratiquement plus, sauf pour divers voyages
dans le pays lorsqu’il se rend dans des Universités de renom.
Il réside à la maison
des Jésuites, la St.Ignatus Residence, 980 Park Avenue, au centre
de la ville.
A l’issue de la 2° guerre mondiale, New-York est devenu un carrefour
international et intellectuel où se rencontrent les savants et têtes
pensantes du monde entier. Teilhard, déjà notoirement réputé,
a de très nombreux contacts avec des personnalités de premier
plan du monde intellectuel et scientifique. Il est reçu et fêté
au département d’anthropologie de la prestigieuse Georgetown University
de Washington se rend à Yale, Harvard dans le Connecticut, Berkeley
en Californie etc
De nombreuses personnes de grande
renommée ,françaises ou étrangères, de passage
à New-York ,tiennent à le rencontrer : André Malraux,
Romain Gary, Jacques Maritain, Denis de Rougemont, Jacques Rueff ,le Père
Bergougnioux (de famille auvergnate également) qui est professeur
de géologie à l’Institut Catholique de Paris, etc.
Au début de juin 1954,il obtient
l’autorisation de revenir en France. Il reverra ainsi ,pour la dernière
fois ,sa maison natale de Sarcenat en Auvergne et se rendra au scolasticat
de Fourvière à Lyon où il reçoit un accueil chaleureux
de son Provincial, le Père Ravier.
Cependant, Rome ne relâche
pas sa pression et, au début d’août, il doit de nouveau revenir
à New-York, profondément meurtri par l’attitude romaine à
son égard.
Le dimanche 10 avril 1955,après
avoir assisté à la messe solennelle de Pâques à
la cathédrale Saint-Patrick à New-York et s’être réjoui
d’une journée qui s’annonce magnifique, Teilhard, détendu ,s’apprête
à prendre un verre chez des amis. Quand ,tout d’un coup ,il vacille
et tombe de tout son long (spectacle très
impressionnant selon tous les témoins ,car ,on le sait ,il était
très grand).Un instant plus tard il rendait son dernier souffle, le
jour Saint de la Résurrection ainsi qu’il l’avait souhaité
(il était proche de ses 74 ans). On sut
en effet, à ce moment, qu’un an auparavant, au cours d’un dîner
au consulat de France, il avait confié à un neveu de passage : « J’aimerais mourir le jour de la
Résurrection ». Son vœu était ainsi exaucé.
Sa dépouille
repose aujourd’hui, avec celles de nombreux condisciples
de la Compagnie de Jésus ,dans l’ancien cimetière Jésuite
du Culinary Institute à Poughkeepsie, proche de St.Andews-on-Hudson,
à une centaine de kms au nord de New York . Dans le cadre d’un colloque
international réunissant des admirateurs de sa pensée (il y
en a partout dans le monde), j’ai eu le privilège de prier sur sa
tombe le 10 avril 2005,50 ans jour pour jour après sa mort ,en compagnie
de nombreux Français et sympathisants fidèles à son souvenir.
Parmi eux, un de ses petit-neveux, l’abbé Olivier Teilhard de Chardin
qui participa avec d’autres prêtres à une cérémonie
d’union de pensée et de prières.
Il fut incontestablement, et demeure,
un maître spirituel pour notre temps. Son aura internationale, sur
tous les continents et auprès des hommes les plus éminents ,en
est un témoignage éloquent, fait de respect et d’admiration
pour l’élévation de vue où il sut se placer. Dans la
réflexion sur Dieu et sur le Christ ressuscité à laquelle il nous invite, c’est toute l’humanité
,qu’il voudrait « unanime » (voir
supra), qu’il prend en charge.
Au delà de sa vie d’homme
religieux, impliqué fortement dans les recherches de son temps sur
l’origine de l’Homme ,Pierre Teilhard de Chardin ,homme de science et de
foi ainsi que l’indique le titre de cette communication, a profondément
marqué ses contemporains. Particulièrement par sa tentative
,souvent couronnée de succès, de vouloir réconcilier
deux mondes qui paraissaient alors toujours plus antinomiques : celui
de la religion chrétienne avec ses dogmes et ses vérités
relevant de la foi et celui de la science et
de la recherche s’appuyant sur les données expérimentales.
Le divorce entre eux deux allait toujours s’accroissant
au fur et à mesure des nouvelles découvertes qui se multipliaient
dans tous les domaines.
Etant lui-même victime de l’incompréhension
des milieux d’Eglise envers ses recherches et ses propres découvertes
,il faut lui rendre cet hommage pleinement mérité d’avoir voulu,
et souvent réussi, à jeter une passerelle entre ces deux mondes.
Impressionnés par sa foi de prêtre Jésuite et la force
de ses idées ,de nombreux scientifiques, particulièrement dans
la jeunesse, se montraient séduits, voire enthousiastes ,envers cette
nouvelle conception de l’origine du monde et son évolution vers un
destin où le Christ était étroitement impliqué.
Beaucoup qui s’apprêtaient à déserter l’Eglise au profit
d’une vision matérialiste, voire marxisante, de la création
du monde, demeurèrent grâce à lui en son sein mais se
montrèrent plus exigeants .Ils réclamaient désormais des réponses conformes à leurs attentes
et aux acquis établis de la science.
L’Eglise dut faire à son tour
son propre « aggiornamento », prémisse de ce
qui deviendra Vatican II (1962-1965 sous les pontificats de Jean XXIII et
de Paul VI), en se rapprochant t de ceux qu’elle avait naguère
fustigés Hélas, pour Teilhard, il était trop tard car
,en avance sur son temps comme beaucoup d’hommes qui marquent leur époque,
il ne connut pas cette évolution postérieure de l’Eglise à
laquelle il avait tant aspiré (et qu’il appelait sans cesse dans ses
prières et ses écrits).
Bien d’autres aspects de la pensée
tout à la fois originale et cohérente de Pierre Teilhard de
Chardin mériteraient également d’être mis en lumière
mais cela risquerait de déborder le cadre forcément limité
de cette présentation de l’homme ,de l’aristocrate ,du religieux,
du patriote, de ses recherches, de son œuvre et de la philosophie qu’il nous
propose. .Pourtant, en présence de l’évolution
accélérée des techniques et des moyens de communication
entre les hommes (internet , messageries, portables et TV satellitaires etc)
,beaucoup estiment que nous vivons une étape importante de la vision
teilhardienne de la marche de l’humanité vers un monde toujours plus
proche et uni dans une même conceptualité de l’Homme au sein
de l’Univers.
Mais, et cela demeurera la question
fondamentale, ce monde uni va-t-il en se rapprochant au terme dans un accomplissement dans le Christ , le fameux point
Oméga (voir supra) ,comme Teilhard l’affirmait avec force ,ou vit-il
de sa propre énergie ,sans rien aspirer de plus par delà, ainsi
que le ferait une machine bien rôdée qui tournerait par sa seule
force d’existence ?
Pour nous autres chrétiens
,un monde sans espérance de Dieu et sans Résurrection finale
est voué à l’absurde et nous sommes certains que Dieu ne l’aurait
pas permis .Mais ,dans une humanité toujours plus peuplée et
qui bientôt , si l’on n’y prend pas garde, sera victime de son propre
emballement et de sa rage d’entreprise à tout prix ,combien partagent
cette vision d’un monde allant vaille que vaille ,mais inéluctablement,
vers Dieu ?
Nous ne saurons la vérité
qu’à la Résurrection finale mais, déjà, Teilhard
dans ses écrits et sa pensée, nous a permis de lever un coin
du voile…
Note
additive : A titre personnel, je suis un petit-neveu
du Père Pierre Teilhard de Chardin. Un de ses frères, Joseph-Astorg
( 1889-1978) était mon parrain. C’est le Père Teilhard de Chardin
qui prononça l’homélie de mariage de mes parents le 14 juin
1928 en l’église Saint Augustin à Paris.
Je ne vis moi-même qu’une fois
mon grand-oncle, en compagnie de mon père, alors qu’il était
de passage fugace à Paris en 1948. J’avais surtout été
impressionné à l’époque, alors que je suivais la scolarité
du petit collège de Franklin, rue Louis David Paris 16°, où
les Jésuites revêtaient la soutane traditionnelle, par la tenue
de clergyman qu’il portait à l’exemple de ses collègues américains.
Sans bien connaître mon grand-oncle et , en ignorant tout des remous
suscités par son œuvre, on peut comprendre l’étonnement du
petit garçon que j’étais…
Sources : Pour
composer cette synthèse ,forcément très réductrice
au regard de l’œuvre foisonnante et de la pensée de portée considérable
de Pierre Teilhard de Chardin, je me suis principalement inspiré du
très beau « Teilhard de Chardin » par Edith de La Herronnière (collection Chemins
d’Eternité ,mai 1999,édition Pygmalion Gérard Watelet.
En pratique, épuisé, il a été réédité
en poche en 2003 par les éditions Albin Michel) .Qu’elle soit vivement
remerciée pour les emprunts nombreux que j’ai été amené à
faire dans son ouvrage à la fois très prenant et très
fidèle à la pensée intime de Pierre Teilhard de Chardin.
En dehors de celui-ci, sûrement un des meilleurs, de très nombreux
livres ont été consacrés à l’œuvre et à
la pensée de Pierre Teilhard de Chardin. Tous les citer relève
de l’impossible, d’autant qu’il en est publié continuellement .Une
bande dessinée lui a également été consacrée
(éditions Fleurus 1980,probablement introuvable aussi).
Je remercie également très vivement pour ses apports et ses
conseils mon cousin Gérard de Lavernée, mon ami André
Peltre et sa précieuse documentation sur la vie du Père Teilhard
dans les tranchées pendant la guerre 1914-1918,mon neveu Olivier Teilhard
de Chardin et tous ceux dont les écrits
ou les réflexions (tel le Père Henri Madelin, SJ, un des meilleurs
exégètes de la pensée du Père Teilhard de Chardin,
et bien d’autres qu’il est impossible de nommer) m’ont
été si utiles pour élaborer cette communication.
Pour ceux qui désireraient
approfondir leur connaissance de la pensée et de l’œuvre philosophique
ou scientifique du Père Teilhard de Chardin,
il existe une « Fondation Teilhard
de Chardin » et une « Association des amis de Pierre
Teilhard de Chardin »,toutes les deux très actives .Cette
dernière publie une revue trimestrielle « Teilhard aujourd’hui ».
Coordonnées : BP 90 OO1 75221 Cedex
05 Tel.01-42-89-84-76.