cf Article de Lyubov Mankov (département formation des enseignants à l'université de Moscou) , paru dans le n· 2 de "Sciences en Russie" de 1997 (Traduit de l'anglais par Patrice de Blic) et auquel vous renvoyent certains liens (Cliquez sur les mots soulignés).

Eugène signait "Evgueny Tour", et sa mère "Evguenia Tour"
Il était le petit-fils de Marie Joséphine de Tournemire, épouse de Jean Georges Adou de Sailhas, dont le fils, Henri (André ??) de Sailhas de Tournemire avait épousé Elise Kabiline, une jeune fille russe issue d'une très ancienne famille russe
Elise (ou Elisabeth) avait été élevée dans une famille brillante. Sa mère, Maria Shepelev, épouse de Vassily Sukhovo-Kobilin, tenait entre 1840 & 1850 un salon fréquenté par le gratin de la société moscovite. La plus jeune soeur d'Elise, Sophie Sukhovo-Kobilin était paysagiste et fut la première femme russe à se voir attribuer, par l'Académie Impériale des Arts la " Grande Médaille d'or". Elise avait pour sa part un jolie talent d'écrivain qui sous le pseudonyme d'Eugenie Tour, faisait l'admiration de Turgenev, Dostoyesvsky, Aksakov et Granovsky (l'historien).
Elle tomba amoureuse de son précepteur (par ailleurs rédacteur de la revue "Telescope") et sa mère crut bon de la faire voyager un peu. Elle lui choisi un mari français, le Comte Sailhas Tournemire, une famille dont l'ancienneté s'accordait mieux avc le rang des Kobilin.
Le jeune ménage alla vivre à Moscou et eut un fils, cet Eugène dont nous allons parler; Mais l'époux d'Elise, (Henri ou André ?), (dont on dit qu'il avait un beau talent d'aquarelliste) ne tarda pas a s'attirer des ennuis sérieux (un duel ?) et fut banni de Russie.

Elise resta en Russie, chez sa mère, dont l'entourage eut une grande influence sur le jeune Eugène. Ce dernier alors qu'il fréquentait l'Université de Moscou, attira rapidement, par son franc parler, l'attention du fameux "Troisième Bureau" dirigé par le Prince Dolgorouki, et dut aller continuer ses études à Saint Petersbourg. Il échoua à ses examens et rentra en France ou sa mère l'avait précédé. Les courriers arrivaient de Moscou où les nouvelles notamment "The Darkness" qu' Eugène avait signé "Vadim" dans Sovremnic suscitaient l'admiration d'Ogarev et d'Alexandre Herzen.
Encouragé, Eugéne, Comte de Salias (son nom s'est modifié), repartit pour la Russie en 1867 où il mit neuf ans pour obtenir la nationalité russe. Peu à peu il fit son chemin dans le milieu universitaire jusqu'à ce que, devenu directeur à Moscou des archives de la cour impériale, il soit confirmé dans sa vocation par l'Empereur Alexandre III : « Nous voulons de vous uniquement des romans; soyez en paix et écrivez le plus possible".

Alors commence sa carrière d'écrivain . L'aventure et l'exécution d'Iemelian Pougatchev, lui fournit l'occasion, dans son premier ouvrage (paru comme des autres sous la signature d'Eugène Tour), "The Pugachevites", de développer une réflexion politique et sociologique interessante. Ce premier roman fut suivi de plus de 40 autres et de près de 60 nouvelles. Parmi ces oeuvres on peut citer notamment : "Les Libres Penseurs", "Les Décembrists", "Satan", "A Moscou", "Aventures à Saint Petersbourg" ...
Le philosophe Fredrich Wilhelm Joseph von Schelling, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Tourgueniev et Tolstoi influencèrent son oeuvre et les réflexions que lui suggéraient les événements auxquels il assistait.
Par ailleurs certains auteurs Français, Zola, mais surtout Alexandre Dumas eurent, sur lui, une influence considérable. Les deux hommes partageaient en plus de l'intérêt qu'ils portaient à l'Histoire, la même imagination exubérante et une remarquable facilité d'écriture, qualités auxquelles Salias ajoutait son goût pour le folklore, illustrant ses romans de citations de dictons populaires.
De nos jours Salias n'est plus lu, mais il n'est pas sans intérêt d'ouvrir "Romans historiques et enseignement de l'histoire" de Nicolai Rubakin qui citent les livres les plus empruntés dans les Bibliothèques ou les prêts des ouvrages de Salias étaient beaucoup plus nombreux que ceux de Tolstoï.